La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

Lever du jour

Je me suis arraché au sommeil ce matin, pour me lever, déjeuner, prendre mon café, ma douche et venir m’assoir pour écrire.

Je n’écris pas au bord de la mer, mais à côté de ma fenêtre, dont la vue donne sur le croisement des rues Signay et Plessis. C’est bien tranquille, comme toujours. À cette heure, les autos sont rares, et il n’y a personne dans les rues.

La neige fond rapidement ; à tous les jours, le sol se dénude un peu plus. Bientôt, les pousses printanières vont apparaître sur le sol, dans les arbustes et les arbres, avec leurs couleurs vives et tendres. C’est leur façon de dire que la vie est amour et de nous le donner à voir en spectacle.

L’envers du jour

J’ai été fatigué toute la journée. Je suis tout de même allé marcher à l’extérieur avant le souper. L’air était froid. Beaucoup de choses arrivent dans une journée. Certaines sont réjouissantes, d’autres frustrantes. Les unes comme les autres, j’essaie de les cueillir, comme on cueille des fleurs, et je les laisse partir comme des oiseaux dans le ciel. Ce n’est pas de l’indifférence. Non ! C’est autre chose ; quelque chose qui enveloppe la vie de sa présence. On ne peut choisir le fond des choses ; il nous est donné entouré de mystère. La nuit est l’envers du jour. Ils sont inséparables. Il n’y a d’autre choix que le consentement à ce qui est vrai dans toute sa nudité et sa dureté, pour ouvrir la fenêtre du coeur et de l’esprit sur une liberté aventureuse et joyeuse, malgré tout, avec tout.

Petite promenade à vélo

Je suis allé à vélo faire des courses cet après-midi. J’ai encore des petits travaux à effectuer. Faire du vélo dans le froid est un bonheur. J’aime mieux rouler l’automne et le printemps que l’été, lorsqu’il fait chaud. Les températures froides me conviennent très bien. C’est curieux, car je craignais les froids lorsque j’ai recommencé à faire du vélo. Mes craintes n’étaient pas justifiées, comme c’est souvent le cas. Il ne faut pas croire les pensées qui nous viennent spontanément à l’esprit. Je ne dis pas qu’il faut les ignorer ; parfois, elles sont justes, mais souvent elles déforment la réalité, soit en positif soit en négatif. Il vaut mieux ne pas les croire sans un examen sérieux. C’est ce que j’essaie de faire quotidiennement depuis plusieurs années. Les pensées qui me viennent automatiquement sont souvent le reflet de mes états d’âmes du moment et de la condition dans laquelle je me trouve. Elles ne correspondent pas nécessairement à la réalité ; elles sont réelles, mais pas nécessairement vrai. J’ai appris à les observer avec une certaine distance et curiosité. J’essaie de comprendre ce qu’elles veulent me dire. Ce n’est pas toujours facile ; car elles parlent un langage émotionnel primaire, chargé de blâmes, de récriminations, d’envies, de jalousies, de ressentiments, etc. Elles exagèrent constamment ; et plus elles s’expriment avec force et certitude, plus elles cachent la peur et le doute. J’essaie d’être attentif à ce qui se cache derrière, à ce qui est vivant, aux besoins dont je peux prendre l’entière responsabilité. Parfois, ça se fait très rapidement. J’arrête. Je tourne mon attention vers ce que je vis. J’écoute avec empathie les pensées qui me viennent à l’esprit, et je me connecte à l’énergie des besoins. La transformation s’effectue presque instantanément. D’autres fois, cela peut prendre quelques heures, une journée ou même quelques jours, rarement plus. Lorsque j’entre dans la brume et que le brouillard s’épaissit, je m’arrête, le temps de faire une éclaircie. Lorsque le chemin redevient suffisamment clair, je peux repartir. Évidemment, je ne vais nulle part littéralement. Ce sont des petites passerelles que la pensée bricole pour rejoindre et s’accorder à l’énergie de la vie à l’intérieur et autour de moi. Ce travail de la pensée est fondée sur l’intention de prendre soin de la vie, le mieux que je peux. J’ai fait ce choix, il y a longtemps déjà. Il guide mes actions et donne un sens à ma vie, au-delà des échecs et des réussites de l’existence. Il m’apaise et me procure une satisfaction profonde qui s’approche du bonheur de vivre sans autres raisons que la vie elle-même.