J’ai dû m’absenter du monde durant quelques temps. Le temps qu’il faut pour que la vie fasse son travail, mène son combat et que je puisse retrouver l’énergie nécessaire pour mener mes aventures d’être au monde, comme, par exemple, écrire dans mon journal. Lorsque la vie est en bataille, ce qui est au-dessus s’effondre. Il n’y a plus rien de la vie aventurière qui tienne. On ne se lance plus dans des projets d’être ceci au cela, ou de faire ceci ou cela. On reste là, rivé au corps, à ses fonctions, lorsque c’est encore possible, à l’intensité de son langage de sensations et d’émotions. Eh oui ! Le corps parle ! La biologie est un langage.
Étiquette : Vie, écriture et spiritualité
Désenchantement du monde et mystère de la présence
Nous voilà, le jour s’est de nouveau levé. Nous avons fait notre petit voyage quotidien avec la terre qui tourne sur elle-même. Nous sommes de retour, comme à chaque matin, de chaque jour. C’est vraiment un miracle que nous soyons là, que je sois ici, embarqué dans ce voyage cosmique, dans cet univers si mystérieux et fascinant ! Quelle aventure ! Contrairement à ce que plusieurs pensent, je ne crois pas du tout que le monde séculier soit un monde désenchanté. Au contraire, j’ai le sentiment que le mystère s’est agrandi et approché, plus qu’il ne l’a jamais été. Ce n’est pas le mystère qui a disparu dans la lumière de notre savoir, et l’enchantement qui s’est dissipé derrière notre lucidité, c’est l’antique vision du monde où nous apparaissait le mystère de l’existence qui s’est effondrée, entrainant dans sa chute la naïveté de notre enchantement. Nous voici nus sur la terre, réfugiés dans des mondes que nous tissons avec nos mots, réchauffés par le soleil, autour duquel nous sommes en pèlerinage annuel. Quelle est notre destination ultime ? Nous l’ignorons. Personne ne le sait. L’inconnu est radical. Aucun savoir ne peut l’effacer et l’inclure dans sa lumière. Il est hors de notre saisie. Il n’est pas un mur infranchissable, qui encercle notre existence, mais une porte ouverte sur le miracle de notre présence. Pour l’ouvrir, il n’y a rien à faire ; il suffit d’être qui nous sommes, simplement. Nous sommes le mystère de la présence.
Un pèlerinage au coeur du vivant
C’est le jour de Pâques.
Les nuages couvrent le ciel comme un manteau de ouates blanches et grises. La petite couche de neige qui est tombée au cours des derniers jours est fondue. Il ne reste que la neige accumulée pour le déneigement. Elle ne restera pas longtemps ; la température est à la hausse. Notre pèlerinage annuel autour du soleil est entré dans la zone printanière. Bientôt, les arbres vont se mettre à bourgeonner, et les nouvelles pousses apparaitre avec leur couleur tendre. Chaque printemps, la nature reprend vie. Nous vivons en elle et, comme elle, avec elle, nous traversons les saisons de notre vie. Notre âme est en pèlerinage autour du soleil intérieur, comme la terre autour du soleil. Nous traversons des saisons froides, d’autres chaudes, parfois accablantes. Il y a des temps d’orages et de tempêtes, suivis de périodes d’accalmies, que l’on croit devoir durer toujours, jusqu’à ce qu’elles se transforment en déserts arides. Puis, un matin, sans prévenir, une brise de tendresse se lève, et vient réconforter notre âme. C’est Pâques.
Pâques n’est pas seulement une date dans un calendrier, ni un rituel pratiqué dans des lieux de culte, qu’une croyance à laquelle nous adhérons ou pas ; ou un rassemblement familiale où l’on donne des cadeaux en chocolat aux enfants. C’est un vent léger qui, sans prévenir, souffle une brise de tendresse sur notre âme inquiète et angoissée, dans son pèlerinage au coeur du vivant.
Joyeuses Pâques !
Fenêtre poétique
C’est un nouveau jour ; il pleut. Dans quelques jours, il n’y aura plus de neige, autre que celle accumulée pour le déneigement. La saison printanière avance rapidement. Bientôt, les jeunes pousses vont se montrer dans toute leur frénésie printanière. Les oies blanches et les bernaches sont en route vers leur quartier d’été au nord.
Elles ont une #singularité qu’elles vivent à l’intérieur d’un ordre commun, auquel elles ne peuvent déroger. Elles vivent enveloppées à l’intérieur de l’ordre biologique de leur espèce, hors duquel elles ne peuvent s’aventurer véritablement. Elles semblent vivre totalement immergées dans l’environnement perceptuel de leur organisme, sans fenêtre poétique pour entrevoir ou imaginer un au-delà.
Nous sommes aussi, comme les oies blanches et les bernaches, immergés dans la nature, à l’intérieur de laquelle nous avons la vie. Nous ne sommes pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de la nature. Comme les oies blanches et les bernaches, nous vivons dans le monde perceptuel de notre organisme, mais nous avons une fenêtre poétique qui s’ouvre sur un monde inexistant dans notre champ perceptuel, que nous pouvons explorer, développer, imaginer et habiter. C’est un pouvoir être ouvert sur l’infini. Malheureusement, certains passent leur vie à essayer de la tenir fermée. Ils fabriquent des enclos, autour desquels, ils construisent des murs, et postent des gardent armés pour en défendre la sortie.
Une fenêtre poétique est une métaphore qui désigne l’infini présent en nous. Ce n’est pas la seule modalité de la présence de l’infini à notre conscience. Elle vient aussi dans la responsabilité que Lévinas nomme l’éthique. La responsabilité n’est pas une limite, une loi, mais une générosité sans limites, le don de soi.
Voilà, c’est la clairière dans laquelle je dépose mon esprit ce matin pluvieux.
L’envers du jour
J’ai été fatigué toute la journée. Je suis tout de même allé marcher à l’extérieur avant le souper. L’air était froid. Beaucoup de choses arrivent dans une journée. Certaines sont réjouissantes, d’autres frustrantes. Les unes comme les autres, j’essaie de les cueillir, comme on cueille des fleurs, et je les laisse partir comme des oiseaux dans le ciel. Ce n’est pas de l’indifférence. Non ! C’est autre chose ; quelque chose qui enveloppe la vie de sa présence. On ne peut choisir le fond des choses ; il nous est donné entouré de mystère. La nuit est l’envers du jour. Ils sont inséparables. Il n’y a d’autre choix que le consentement à ce qui est vrai dans toute sa nudité et sa dureté, pour ouvrir la fenêtre du coeur et de l’esprit sur une liberté aventureuse et joyeuse, malgré tout, avec tout.
Le Christ sans abri le jour de l’an
C’est un nouveau jour. Le ciel est partiellement couvert. Il tombe des gros flocons de neige soufflées par le vent. J’aime me retrouver ici ce matin à écrire sans me soucier de ce que je vais écrire. En fait, je n’en sais rien. C’est cela ma joie. Une petite joie tranquille, comme une petite flamme qui réchauffe par temps froid et éclair dans la nuit noire. La vie est souvent ainsi : froide et noir. Claudel écrivait que Dieu n’est pas venu abolir la souffrance, mais la pénétrer de sa présence. Je ne sais pas si la formulation est bonne ; je la cite de mémoire. Ce qui est certain, c’est qu’elle évoque quelque chose qui m’est très cher dans le christianisme. Quelque chose que je ne trouve pas dans les spiritualités orientales. Cela ne veut pas dire que le christianisme soit meilleur, plus vrai, etc, que les spiritualités orientales. Non ! Ce n’est pas ça du tout. J’ai abandonné l’enveloppe tribale dans laquelle le christianisme m’a été transmis. Comment dire cela ? Ce n’est pas facile. J’ai peine à le penser. J’en ai une connaissance plus intuitive que réfléchie. Quelque chose s’est passée, une transformation profonde que je n’arrive pas à bien saisir. La flamme allumée par le Christ n’est pas morte en moi. Elle est comme une braise. Je souffle un peu dessus pour la maintenir encore vivante. Ce qui a disparu, c’est le manteau culturel qui l’enveloppait. Elle est nue. Beaucoup plus fragile et vulnérable. Pourtant, sa lumière n’a jamais été aussi vive et brulante. Je ne sais comment expliquer cela. Alors, j’en témoigne. C’est ainsi qu’elle vit en moi en cette première journée de l’année 2021.
Noël : sacrement de l’amour incarné
En écrivant, je cherche à faire venir dans la lumière des mots, ce qui depuis toujours est présent en moi. Ce qui est le plus précieux, ce n’est pas quelque chose sur moi, quelque chose qui parle de moi, de mon histoire, mais quelque chose qui irradie de la profondeur de mon être. J’écris cela dans l’aube du matin encore noir : ne pas m’éloigner de la lumière dans laquelle le monde nait, à chaque instant. L’écriture poétique introduit une fêlure dans l’écorce du monde par où la lumière du premier jour nous enveloppe de l’intérieur et irradie vers l’extérieur. Alors, un feu s’allume que rien ne peut plus éteindre. C’est Noël, le sacrement de l’amour incarné.
Présence
Traditionnellement, Noël est la fête du solstice d’hiver, le passage vers la croissance des jours, l’espérance qui s’éveille dans le coeur humain. Noël n’est pas un triomphe, mais une confiance discrète dans l’incertain, planté dans le sol de la vulnérabilité humaine. Joyeux Noël du fond du coeur !

Tableau aquarelle et numérique.
Peut-on arrêter le temps ?
Prendre le temps. Arrêter le temps. Peut-on arrêter le temps ? Il y a une dimension de la conscience qui n’est pas captive du temps, du devenir. Cette dimension ne peut être saisie, maitrisée. Elle n’a pas d’existence, comme en ont les choses. Elle n’apparait pas et ne disparait pas. Ce n’est pas non plus une immobilité, au sens de quelque chose de fixe. Ce qui est encore quelque chose. Il est très difficile de sortir des catégories de substances et de processus. Parce que la sortie n’est pas quelque part et ne mène nulle part. Appelons cela Silence, Royaume de Dieu, sainteté, éthique ou simplement présence.
Le sens de Noël
La divinité s’incarne dans la vulnérabilité humaine, c’est à nous d’en prendre soin ; et lorsque nous en prenons soin, nous prenons soin de nous-mêmes. Je vis noël ainsi : Dieu qui vient se révéler dans la vulnérabilité, comme une présence à prendre soin. Dieu a besoin de nous. C’est le sens que j’aime donner à noël : Dieu est présent en nous, et sa présence doit être protégée ; car c’est en elle que nous avons la vie.