La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

Peut-on arrêter le temps ?

Prendre le temps. Arrêter le temps. Peut-on arrêter le temps ? Il y a une dimension de la conscience qui n’est pas captive du temps, du devenir. Cette dimension ne peut être saisie, maitrisée. Elle n’a pas d’existence, comme en ont les choses. Elle n’apparait pas et ne disparait pas. Ce n’est pas non plus une immobilité, au sens de quelque chose de fixe. Ce qui est encore quelque chose. Il est très difficile de sortir des catégories de substances et de processus. Parce que la sortie n’est pas quelque part et ne mène nulle part. Appelons cela Silence, Royaume de Dieu, sainteté, éthique ou simplement présence.

Bonjour, c’est un nouveau jour qui commence.

Il m’arrive d’être tellement absorbé par mes petits projets réels ou imaginaires que j’oublie totalement la vie et le monde autour de moi. Je suis comme en transe. Une sorte de rêve éveillé. Alors, à chaque matin, au réveil, je prends le temps de regarder autour de moi, de respirer profondément et goûter la vie qui m’est donnée de vivre. Je ferme les yeux et lui dit bonjour du fond du coeur. C’est un nouveau jour qui commence.

Le Dieu intérieur

Thérèse a bien compris que Dieu, le ciel, l’au-delà est à l’intérieur d’elle ; c’est très important de bien le comprendre et, surtout, d’en avoir une expérience. C’est cette expérience qui nourrit la foi, Elle conserve la métaphysique de son époque, qui distingue le naturel et le surnaturel. Le surnaturel ayant une existence séparée et plus noble que le naturel ; il est plus haut dans la hiérarchie de l’être. Entre le surnaturel et le naturel, il y a une fracture créée par le péché originel. Ce qui rend la nature humaine fautive et méprisable. Ce qui est fascinant chez Thérèse, c’est qu’elle ne s’arrête pas là ; elle ne reste pas à la surface. Elle plonge dans la profondeur de son être et y découvre la présence de Dieu qui irradie en elle. Une présence qui devient la source à laquelle, elle va boire quotidiennement l’eau vive qui nourrit et guide son âme. Cette présence n’est pas un personnage auquel il faut croire, mais une expérience que l’on peut vivre. L’oraison est la porte vers cette expérience.

La plénitude du rien

Un autre jour s’achève. Mes idées sont dans la brume. J’attends qu’une éclaircie se fasse. Peut-être y verrais-je apparaitre quelque chose ? Peut-être pas. Parfois, il n’y a rien ; que de la brume. Mes pensées sont sans formes. Le rien n’a pas de forme. Toutefois, il n’est pas une absence, un manque ; il l’est parfois, mais pas toujours. Le rien peut-être aussi plénitude. Alors, il est présence.

Cette simplicité et cette nudité de l’être est désarmante. D’une certaine façon, elle inaugure le verbe être ; elle le laisse être, sans retenu.

L’Amérique est malade

Les observateurs américains les plus lucides sont très inquiets de l’état d’esprit des 72 millions de citoyens qui ont voté pour Trump. Je crois qu’ils ont raison de s’inquiéter. L’Amérique est malade ; un cancer spirituel est en train de détruire les fondements de ses institutions. Il y a au sein de la population américaine une forte demande pour des explications malsaines et mensongères de la réalité. C’est comme un vide intérieur que de plus en plus de gens ne peuvent plus supporter ; ils ne savent pas comment habiter le monde dans lequel ils vivent. Le sens de la vie leur échappe totalement. Ils sont partis à la dérive dans un univers délirant et paranoïaque. Ils ont trouvé un sens à leur vie en combattant un ennemi irréel, inventé de toute pièce par des esprits tordus, vaniteux et avides, qui profitent de cette soif d’autant plus, qu’ils sont eux-mêmes dévorés par cette soif. Le succès politique de Trump est le symptôme de cette maladie. Elle ne disparaitra pas avec son départ de la Maison-Blanche. C’est malheureux, mais c’est ainsi. Le chemin vers la présence, passe par la reconnaissance de cette troublante maladie spirituelle.