La cour suprême des USA a rejeté la poursuite des trumpistes qui essaient désespérément de renverser les résultats des élections. Ce qui s’en vient est très dangereux ; acculé à la défaite, Trump incite de plus en plus clairement ses partisans à la radicalisation et à la violence. Il ne peut et ne veut accepter la défaite. Cela ne s’arrêtera pas avec le départ de Trump de la Maison-Blanche. C’est clair. Le clivage politique ne se situe plus entre les conservateurs et les progressistes ; il ne se situe plus au niveau des politiques internes ou internationales ; il n’est même plus idéologique ; il porte sur la réalité. La nation la plus riche et plus puissante au monde vie une fracture psychotique pour laquelle, il n’y a pas de traitement facile. Il est vraiment difficile de voir comment la démocratie peut encore fonctionner dans ces conditions. Le plus difficile est probablement à venir ? Je ne suis pas américain. Je ne vote pas. Je ne vis pas aux États-Unis ; mais je suis inquiet pour nos voisins du sud, particulièrement pour tous ceux et celles qui vivent les conséquences de ce cancer spirituel. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir faim, à ne plus avoir de place où vivre, sans parler des morts dû à la pandémie et tout le reste. Ils sont des millions à être comme possédés par un esprit méfiant, arrogant et malveillant. Je crois que les Américains ont un rendez-vous très difficile avec eux-mêmes et avec l’histoire. La rencontre ne sera pas facile.
Étiquette : populisme
Un phénomène social troublant
Je suis toujours dans l’intrigue troublante que représente le Trumpisme. Il y a là une expérience humaine très importante. J’essaie de comprendre ce qui arrive. On peut dire beaucoup de choses qui sont justes, mais qui ne m’intéressent pas vraiment : la personnalité de Trump, la complicité et l’hypocrisie des politiciens républicains. Tout cela est extérieur. J’ai observé chez Trump et ses partisans les plus chauds, un appétit pour croire et défendent férocement les pensées qui leur viennent à l’esprit, sans se demander si elles sont vraies. Cette question est comme exclue de leur pensée. Alors, si ce n’est pas la vérité qui guide la pensée, qu’est-ce que c’est ? Difficile de répondre. Ce qui est certain, c’est que cette pensée flotte à la surface du monde, sans vraiment l’éclairer ; elle crée plutôt une brume plus ou moins épaisse. Les Trumpistes vivent dans cette brume et s’y sentent en sécurité. Ils se sentent proches les uns des autres, une sorte de famille affective. Ce que plusieurs semblent manquer désespérément ; suspendus au-dessus du vide, leur esprit s’agrippe à des croyances qui donnent un sens à leur vie. Que ces croyances soient vraies n’a pas vraiment d’importance. En fait, pour eux, elles sont vraies, parce qu’ils y croient et que ceux qui les entourent y croient aussi. Tout ce qui est extérieur au groupe apparait comme une menace à l’identité psychosociale fragile des membres du groupe. Le Trumpisme est un mouvement sectaire. Trump est le leader de la secte. Ils sont plusieurs millions dans cette étrange affiliation politique aux frontières poreuses.
Peur, méfiance et pouvoir
Trump est à la tête d’un mouvement extrêmement dangereux qu’il nourrit. Nos voisins sont divisés. Nous le savons, mais l’élection de Trump a creusé cette fracture jusqu’au coeur des institutions qui incarnent les valeurs de la démocratie. Il y a une frange de plus en plus importante de la population qui croit être victime d’un groupe d’élites (démocrates) qui contrôle les institutions (deep state), et qui travaillent contre eux en secret. Les médias nationaux ne sont qu’une couverture, derrière laquelle se trame en coulisse le vrai pouvoir. Il faut se méfier d’eux et surtout, ne rien croire de ce qu’ils disent. Jusqu’où Trump lui-même est parti prenante de cet esprit paranoïaque ? Jusqu’à maintenant, je croyais qu’il était en dehors de tout ça ; mais jouait le jeu pour le pouvoir. J’en suis moins sûr maintenant. Les Américains semblent avoir élue un président avec un esprit contaminé par la paranoïa. C’est certain qu’il cherche le pouvoir ; c’est certain qu’il se croit le centre du monde, etc. Tout cela est vrai, et plus encore, mais il a cet esprit toxique en lui ; ceux qui le suivent le reconnaissent. Il y a quelque chose de tellement malsain dans ce mouvement, que les observateurs et analystes de la scène politique et sociale américaine sont sans mots. La confusion est tellement profonde, et la désinformation tellement généralisée, qu’il est très difficile de voir comment les institutions peuvent survivre encore longtemps. Ce mouvement est extrêmement dangereux pour la démocratie américaine. Ils sont au bord du gouffre. Les institutions démocratiques sont fondées sur la raison éclairée par la foi en l’homme, incarnée dans le droit. Ils ont abandonné l’un et l’autre.