La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

Le chemin de la pensée

Le pouvoir être, tel qu’il vient à notre conscience, cherche son chemin vers le développement harmonieux de la vie. Il n’est pas fixé quelque part ; il n’a pas de structure ou d’identité à défendre. Son dynamisme ouvre l’éternité du présent sur le devenir en évolution. La dimension psychosociale de mon être se construit autour d’un centre figuratif : le moi avec son nom propre et son histoire. Ce centre est réel, mais il n’est pas tout ; il est rien, vanité proclame la tradition spirituelle. Il ne faut pas entendre ce mot dans un sens moral, mais ontologique. Le moi n’est pas notre identité profonde ; il n’en est que la manifestation temporelle. Elle peut être une manifestation authentique de la dimension spirituelle de l’être, ou une déformation qui engendre le chaos et la destruction.

J’essaie encore d’exprimer quelque chose sans y parvenir. Cela m’arrive constamment. C’est un peu pénible par moments ; mais c’est le chemin de la pensée qui essaie de s’accorder avec la vie ; elle cherche à tâtons son chemin dans les broussailles.

Le sens de la vie n’est pas une abstraction, un discours sur le sens de la vie. Il est donné dans la vie elle-même ; il suffit de l’écouter et d’apprendre son langage. Dans ce langage est contenu la science de l’amour. C’est cette science que la pensée cherche à tâtons en faisant venir l’expérience à la lumière des mots. Une clairière d’actions peut apparaitre où l’énergie des besoins peut être canalisée et orientée vers le service de la vie et de son élan évolutif.

Il faut choisir la vie du fond du coeur, en esprit et en vérité. Ce choix fondamental enracine l’action et le faire dans l’être. Le sens de la vie apparait à la conscience comme un chemin ouvert sur le futur ; un chemin qui peut, certes, être chargé de promesses et d’appréhensions, mais qui demeure un chemin de vie et de libération. Ce qui importe n’est pas tant le but visé, que le lieu d’où l’on part pour agir. Comme il est facile de l’oublier !

Trois repères, pour baliser le chemin :

  • Ne pas croire les pensées automatiques et spontanées qui nous viennent à l’esprit.
  • Revenir dans la présence ; dans l’enracinement dans l’être.
  • Se connecter avec l’amour ; avec la présence transcendante qui irradie à partir de la profondeur de notre être.