Fenêtre poétique

C’est un nouveau jour ; il pleut. Dans quelques jours, il n’y aura plus de neige, autre que celle accumulée pour le déneigement. La saison printanière avance rapidement. Bientôt, les jeunes pousses vont se montrer dans toute leur frénésie printanière. Les oies blanches et les bernaches sont en route vers leur quartier d’été au nord.

Elles ont une #singularité qu’elles vivent à l’intérieur d’un ordre commun, auquel elles ne peuvent déroger. Elles vivent enveloppées à l’intérieur de l’ordre biologique de leur espèce, hors duquel elles ne peuvent s’aventurer véritablement. Elles semblent vivre totalement immergées dans l’environnement perceptuel de leur organisme, sans fenêtre poétique pour entrevoir ou imaginer un au-delà.

Nous sommes aussi, comme les oies blanches et les bernaches, immergés dans la nature, à l’intérieur de laquelle nous avons la vie. Nous ne sommes pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de la nature. Comme les oies blanches et les bernaches, nous vivons dans le monde perceptuel de notre organisme, mais nous avons une fenêtre poétique qui s’ouvre sur un monde inexistant dans notre champ perceptuel, que nous pouvons explorer, développer, imaginer et habiter. C’est un pouvoir être ouvert sur l’infini. Malheureusement, certains passent leur vie à essayer de la tenir fermée. Ils fabriquent des enclos, autour desquels, ils construisent des murs, et postent des gardent armés pour en défendre la sortie.

Une fenêtre poétique est une métaphore qui désigne l’infini présent en nous. Ce n’est pas la seule modalité de la présence de l’infini à notre conscience. Elle vient aussi dans la responsabilité que Lévinas nomme l’éthique. La responsabilité n’est pas une limite, une loi, mais une générosité sans limites, le don de soi.

Voilà, c’est la clairière dans laquelle je dépose mon esprit ce matin pluvieux.

Bonjour, c’est un nouveau jour qui commence.

Il m’arrive d’être tellement absorbé par mes petits projets réels ou imaginaires que j’oublie totalement la vie et le monde autour de moi. Je suis comme en transe. Une sorte de rêve éveillé. Alors, à chaque matin, au réveil, je prends le temps de regarder autour de moi, de respirer profondément et goûter la vie qui m’est donnée de vivre. Je ferme les yeux et lui dit bonjour du fond du coeur. C’est un nouveau jour qui commence.

Pourquoi j’écris ?

J’écris depuis plusieurs années déjà. Pas à tous les jours, mais presque. Parfois, plusieurs heures par jour, parfois quelques minutes. Je ne suis pas un écrivain, mais un écrivant. C’est-à-dire, quelqu’un qui écrit, comme quelqu’un fait du ski, sans prétendre être un skieur professionnel. J’espère qu’il n’y a aucune prétention dans mon écriture autre que le bonheur d’écrire et le souci d’être vrai et le plus juste possible. Bref, je fais de mon mieux. Je ne peux pas dire que je suis indifférent aux regards des autres. Qui peut vraiment le prétendre ? Je ne le prétends pas. Par contre, je n’écris pas pour plaire, afin de convaincre, dans le but de provoquer et encore moins pour la réussite avec tout ce qui peut s’y rattacher. Non, j’écris pour quelque chose d’à la fois très intime et très commun. J’écris pour faire venir à la lumière de ma conscience l’expérience humaine qui m’est donnée de vivre à chaque jour. Je ne cherche pas ainsi à comprendre ce que je vis, mais à m’approcher du mystère que représente la conscience que j’ai de vivre. Je n’écris pas pour saisir la vie, mais pour aller à sa rencontre.

La lumière des mots

Faire venir à la lumière des mots les intuitions qui émergent du fond de l’être est parfois difficile et source de frustration. Il serait aisé de laisser faire, de passer mon tour et d’oublier ce travail d’écriture ; me contenter d’y penser dans ma tête. Pourquoi aller plus loin ? La raison est simple, parce que ça contribue à enrichir la vie, à la rendre plus belle. Pour cela, il faut la choisir avec tout son coeur et tout son esprit. Parfois, il faut prendre une pause. Arrêter, et ne rien faire d’autre qu’être présent à ce qui est. C’est comme respirer. Prendre le temps de se retirer de l’agir, du faire et des soucis du monde, simplement pour être, et aller boire au puits intérieur l’eau de la vie. C’est essentiel pour traverser les déserts du monde dans lequel nous vivons, sans nous perdre ou mourrir de soif.

Je crois que notre mission consiste à contribuer à l’élan évolutif de la vie, le mieux que l’on peut. Pour cela, il est essentiel que nos actions émergent de notre enracinement dans l’être.

Je dis tellement de choses de différentes façons, j’ai peine à me suivre. Il est très difficile d’imaginer comment quelqu’un d’autre peut suivre et comprendre ce que j’essaie de dire. J’avance dans une clairière de mots. Certains jours, le ciel est couvert ; je ne vois presque plus rien. D’autres jours, tout semble clair et lumineux, j’ai l’impression de courir sur les mots ; mais cela ne dure jamais longtemps. Vient un temps où le ciel du langage s’obscurcit. Je suis de nouveau dans un épais brouillard à chercher les mots sur lesquels me poser pour éclairer le chemin. J’avance à tâtons, sans trop savoir où je vais. Sans que je puisse m’y attendre une clairière s’ouvre sur un horizon de sens encore inexploré. C’est l’aventure de la pensée qui accompagne et soutient la venue de l’expérience dans la clarté du langage. C’est l’intention qui motive et oriente mon écriture quotidienne dans ce journal.