La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

L’envers du jour

J’ai été fatigué toute la journée. Je suis tout de même allé marcher à l’extérieur avant le souper. L’air était froid. Beaucoup de choses arrivent dans une journée. Certaines sont réjouissantes, d’autres frustrantes. Les unes comme les autres, j’essaie de les cueillir, comme on cueille des fleurs, et je les laisse partir comme des oiseaux dans le ciel. Ce n’est pas de l’indifférence. Non ! C’est autre chose ; quelque chose qui enveloppe la vie de sa présence. On ne peut choisir le fond des choses ; il nous est donné entouré de mystère. La nuit est l’envers du jour. Ils sont inséparables. Il n’y a d’autre choix que le consentement à ce qui est vrai dans toute sa nudité et sa dureté, pour ouvrir la fenêtre du coeur et de l’esprit sur une liberté aventureuse et joyeuse, malgré tout, avec tout.

Le Christ sans abri le jour de l’an

C’est un nouveau jour. Le ciel est partiellement couvert. Il tombe des gros flocons de neige soufflées par le vent. J’aime me retrouver ici ce matin à écrire sans me soucier de ce que je vais écrire. En fait, je n’en sais rien. C’est cela ma joie. Une petite joie tranquille, comme une petite flamme qui réchauffe par temps froid et éclair dans la nuit noire. La vie est souvent ainsi : froide et noir. Claudel écrivait que Dieu n’est pas venu abolir la souffrance, mais la pénétrer de sa présence. Je ne sais pas si la formulation est bonne ; je la cite de mémoire. Ce qui est certain, c’est qu’elle évoque quelque chose qui m’est très cher dans le christianisme. Quelque chose que je ne trouve pas dans les spiritualités orientales. Cela ne veut pas dire que le christianisme soit meilleur, plus vrai, etc, que les spiritualités orientales. Non ! Ce n’est pas ça du tout. J’ai abandonné l’enveloppe tribale dans laquelle le christianisme m’a été transmis. Comment dire cela ? Ce n’est pas facile. J’ai peine à le penser. J’en ai une connaissance plus intuitive que réfléchie. Quelque chose s’est passée, une transformation profonde que je n’arrive pas à bien saisir. La flamme allumée par le Christ n’est pas morte en moi. Elle est comme une braise. Je souffle un peu dessus pour la maintenir encore vivante. Ce qui a disparu, c’est le manteau culturel qui l’enveloppait. Elle est nue. Beaucoup plus fragile et vulnérable. Pourtant, sa lumière n’a jamais été aussi vive et brulante. Je ne sais comment expliquer cela. Alors, j’en témoigne. C’est ainsi qu’elle vit en moi en cette première journée de l’année 2021.

La plénitude du rien

Un autre jour s’achève. Mes idées sont dans la brume. J’attends qu’une éclaircie se fasse. Peut-être y verrais-je apparaitre quelque chose ? Peut-être pas. Parfois, il n’y a rien ; que de la brume. Mes pensées sont sans formes. Le rien n’a pas de forme. Toutefois, il n’est pas une absence, un manque ; il l’est parfois, mais pas toujours. Le rien peut-être aussi plénitude. Alors, il est présence.

Cette simplicité et cette nudité de l’être est désarmante. D’une certaine façon, elle inaugure le verbe être ; elle le laisse être, sans retenu.