Sortir de sa coquille

Depuis quelques jours, j’écoute des témoignages de jeunes américains, qui racontent comment ils ont quitté le christianisme à l’intérieur duquel ils sont nés et ont grandi. Ils ont tous grandis dans un monde chrétien fondamentaliste, dont ils ont épousé les valeurs, qui étaient celles de leurs parents et de toutes les personnes autour d’eux. Qu’ont-ils quitté ? La réponse devient claire en les écoutant attentivement. C’est l’enveloppe à l’intérieur de laquelle ils ont grandit qu’ils ont quitté, parce qu’elle ne pouvait plus contenir la vie et lui donner sens, dans le monde d’aujourd’hui. Cette enveloppe, je l’appelle psychosociale. Nous pourrions l’appeler simplement culturel. C’est la même chose pour moi. J’évite l’horrible mot psychosocioculturel, qui engloberait mieux ce que j’essaie de dire. La chrétienté à laquelle ils réfèrent, celles dont ils sont sorties, est une enveloppe totalitaire, donc fermée sur elle-même. La foi, c’est autre chose, mais eux ne font pas la distinction. La seule foi qu’ils ont connue est cette enveloppe culturelle, fermée et trop étroite pour contenir la complexité du monde en évolution. Ils ont passé à travers un processus de déconstruction, au bout duquel ils ont découvert un autre monde plus vaste, plus inclusif, plus vrai, plus proche de la vie. Ils sont passés d’un monde fermé à un monde ouvert. Et ils ont vécue l’expérience comme une libération. du moins, pour ce que j’ai compris. Je me demande, jusqu’où leur formation dans un monde fermé et protecteur, les a aidé à structurer leur personnalité suffisamment pour affronter et surmonter les côtés sombres du monde ouvert et complexe dans lequel nous vivons. Je pense au nihilisme, à l’isolement, à l’insécurité existentielle, à l’incertitude, etc. Ils ont été façonné dans un moule qui est devenu trop serré, mais qui a servit de contenant structurant pour le développement de leur personnalité. Je simplifie beaucoup. Je le sais. Autrement, je ne pourrais écrire. Aucun texte ne peu contenir la complexité de la vie en évolution. Ils peuvent ouvrir des clairières sur le réel, ou fabriquer des enclos pour nous tenir à l’abri. Je préfère les clairières.

La banalité du mal, encore et toujours présente.

Le ciel est couvert ce matin. La banalité du mal. J’en ai vu une image hier en regardant les entrevues de Mike Mulvany (ex-directeur de cabinet du président.)a données sur les chaines nationales américaines (Fox et NBC). Un homme intelligent, posé, avec une grande expérience de la politique et du fonctionnement de l’État, justifier « rationellement » son engagement avec Trump. Il y aurait selon lui le Trump avant les élections, et le Trump après les élections. « Je ne pouvais pas voir ce qui allait arriver ; Trump était tellement différent à l’époque, bien différent de l’image qu’il pouvait donner à l’écran. » Certes, il essaie de préserver son image d’homme qui gouverne sa vie avec une intégrité morale, mais il ne peut effacer le fait que la conduite de Trump était hautement problématique depuis le début, avant même de se présenter à la présidence. Tous le savaient. Même les enfants le savaient. Mais quelque chose empêchait Mike Mulvany de le voir. Et ce quelque chose est là, encore aujourd’hui. Il célèbre les succès des politiques de Trump, lorsque lui, Mulvany, était là. Il ne semble pas se rendre compte que même si on reconnaissait le « succès » de ces politiques, ça ne pourrait jamais servir d’excuse pour tous les mensonges qui l’ont accompagné. Ces mensonges ont empoisonné l’âme américaine de millions de citoyens. L’autre argument qu’il utilise, c’est que les démocrates n’aiment pas Trump. Ils le détestent. C’est ce qui les aurait motivés durant les quatre années de sa présidence. Trump est une victime. C’est encore une fausse justification. Trump représente un réel danger pour les institutions démocratiques, l’ensemble de la société américaine et le monde. Il ne s’agit pas d’aimer, ou de détester le personnage, mais d’honorer et protéger les valeurs qui sous-tendent la vie démocratique, la vérité, la liberté et la justice, indissociablement. Ces valeurs fondatrices des sociétés démocratiques ne peuvent être confondues avec les idéologies conservatrice, libérale et progressiste qui sont constamment en batailles dans l’arène politique. Ces tensions et batailles politiques sont possibles et saines uniquement dans une adhésion commune aux valeurs qui fondent les sociétés démocratiques depuis l’aube des temps modernes : la vérité, la liberté et la justice, indissociablement. Le monde démocratique est un monde continuellement en tension et en bataille, c’est-à-dire en discussion. Rompre avec la vérité, c’est rompre avec la liberté, et sans liberté, il n’y a plus de discussion possible. Hors de la discussion balisée par la vérité, nous sortons de la démocratie et entrons dans un monde gouverné par un pouvoir autoritaire et violent. Il n’y a pas d’alternative pacifique à la démocratie, aussi difficile et décevante soit-elle.

Peur, méfiance et pouvoir

Trump est à la tête d’un mouvement extrêmement dangereux qu’il nourrit. Nos voisins sont divisés. Nous le savons, mais l’élection de Trump a creusé cette fracture jusqu’au coeur des institutions qui incarnent les valeurs de la démocratie. Il y a une frange de plus en plus importante de la population qui croit être victime d’un groupe d’élites (démocrates) qui contrôle les institutions (deep state), et qui travaillent contre eux en secret. Les médias nationaux ne sont qu’une couverture, derrière laquelle se trame en coulisse le vrai pouvoir. Il faut se méfier d’eux et surtout, ne rien croire de ce qu’ils disent. Jusqu’où Trump lui-même est parti prenante de cet esprit paranoïaque ? Jusqu’à maintenant, je croyais qu’il était en dehors de tout ça ; mais jouait le jeu pour le pouvoir. J’en suis moins sûr maintenant. Les Américains semblent avoir élue un président avec un esprit contaminé par la paranoïa. C’est certain qu’il cherche le pouvoir ; c’est certain qu’il se croit le centre du monde, etc. Tout cela est vrai, et plus encore, mais il a cet esprit toxique en lui ; ceux qui le suivent le reconnaissent. Il y a quelque chose de tellement malsain dans ce mouvement, que les observateurs et analystes de la scène politique et sociale américaine sont sans mots. La confusion est tellement profonde, et la désinformation tellement généralisée, qu’il est très difficile de voir comment les institutions peuvent survivre encore longtemps. Ce mouvement est extrêmement dangereux pour la démocratie américaine. Ils sont au bord du gouffre. Les institutions démocratiques sont fondées sur la raison éclairée par la foi en l’homme, incarnée dans le droit. Ils ont abandonné l’un et l’autre.