Depuis quelques jours, j’écoute des témoignages de jeunes américains, qui racontent comment ils ont quitté le christianisme à l’intérieur duquel ils sont nés et ont grandi. Ils ont tous grandis dans un monde chrétien fondamentaliste, dont ils ont épousé les valeurs, qui étaient celles de leurs parents et de toutes les personnes autour d’eux. Qu’ont-ils quitté ? La réponse devient claire en les écoutant attentivement. C’est l’enveloppe à l’intérieur de laquelle ils ont grandit qu’ils ont quitté, parce qu’elle ne pouvait plus contenir la vie et lui donner sens, dans le monde d’aujourd’hui. Cette enveloppe, je l’appelle psychosociale. Nous pourrions l’appeler simplement culturel. C’est la même chose pour moi. J’évite l’horrible mot psychosocioculturel, qui engloberait mieux ce que j’essaie de dire. La chrétienté à laquelle ils réfèrent, celles dont ils sont sorties, est une enveloppe totalitaire, donc fermée sur elle-même. La foi, c’est autre chose, mais eux ne font pas la distinction. La seule foi qu’ils ont connue est cette enveloppe culturelle, fermée et trop étroite pour contenir la complexité du monde en évolution. Ils ont passé à travers un processus de déconstruction, au bout duquel ils ont découvert un autre monde plus vaste, plus inclusif, plus vrai, plus proche de la vie. Ils sont passés d’un monde fermé à un monde ouvert. Et ils ont vécue l’expérience comme une libération. du moins, pour ce que j’ai compris. Je me demande, jusqu’où leur formation dans un monde fermé et protecteur, les a aidé à structurer leur personnalité suffisamment pour affronter et surmonter les côtés sombres du monde ouvert et complexe dans lequel nous vivons. Je pense au nihilisme, à l’isolement, à l’insécurité existentielle, à l’incertitude, etc. Ils ont été façonné dans un moule qui est devenu trop serré, mais qui a servit de contenant structurant pour le développement de leur personnalité. Je simplifie beaucoup. Je le sais. Autrement, je ne pourrais écrire. Aucun texte ne peu contenir la complexité de la vie en évolution. Ils peuvent ouvrir des clairières sur le réel, ou fabriquer des enclos pour nous tenir à l’abri. Je préfère les clairières.
Étiquette : Conservatisme
L’effondrement identitaire
Un individu peut être très conservateur, tout en étant très honnête, intègre, respectueux des autres et compatissant. Je l’ai appris et compris, en suivant de près la politique américaine, depuis les quatre dernières années. Cela m’a pris un peu de temps, pour comprendre clairement, que le problème avec Trump et ses principaux défenseurs républicains, ce n’est pas le conservatisme, mais l’intégrité. Ils vivent dans une réalité alternative, créé de toutes pièces et déconnectée des besoins de la population. De cette façon, ils croient conquérir le pouvoir et s’y maintenir. Ils ne l’avouent pas ouvertement, ou ne se l’avouent pas à eux-mêmes, mais quoi qu’il en soit, ce faisant, ils se mettent en rupture avec les valeurs qu’incarnent les institutions démocratiques. Ce mouvement – car c’est de cela qu’il s’agit ; Trump n’est que le personnage d’avant-plan – est à ma connaissance une réaction régressive très dangereuse, que l’on croyait dépassée et renvoyée dans les oubliettes de l’histoire, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il est facile d’oublier les dures leçons de l’histoire ; il n’y a pas de vie qui peut fleurir et s’épanouir, hors de la tolérance, de la vérité, de la justice et de la bonté.