La vie contemplative

Revenir chez soi, revenir à l’intention, à la conscience. Pour cela, entrer dans le silence, entrer dans la présence, entrer dans l’amour source, entrer dans la compréhension. Toutes ces expressions disent la même chose.

Il fut un temps où je cherchais la lumière dans le savoir, dans les théories, dans les mots. Je cherchais la matrice, la totalité, l’englobant. À vrais dire, j’ai cru souvent l’avoir trouvé. Cela durait un temps, quelques années, puis quelques mois, puis quelques semaines, puis quelques jours, puis, un jour, j’ai « vu » au-delà des mots. Je n’avais plus vraiment besoin de m’accrocher aux mots, aux théories, comme s’ils étaient la réalité sous mes pieds. La réalité sous mes pieds est au-delà des mots qui à la fois la désigne et la recouvre, comme un vêtement.

Tranquillement, quelque chose s’est apaisé. Une porte s’est ouverte sur l’au-delà du monde. Cet au-delà du monde n’est pas situé ailleurs, dans un autre espace/temps que celui que nous habitons tous. C’est un au-delà immanent au monde que nous habitons. Le monde tissé de langage que nous habitons n’est pas une totalité qui nous englobe et dans laquelle nous sommes irrémédiablement enfermés. Il y a des portes et des chemins de sortie qui nous ramènent au coeur du vivant, au centre de notre pouvoir être. Ces portes et ces chemins nous les cherchons tous. Ce sont les portes et les chemins de sagesse, d’éveil et de salut. Tous ces mots désignent cette sortie paradoxale du monde clos. Nous avons collectivement compris qu’il y a un au-delà des mots, une compréhension plus profonde d’où émane la lumière qui éclaire le sens de la vie de l’intérieur. Nous n’avons pas à le chercher.

Lorsque cette sortie du monde clos s’opère, Une transformation s’amorce. La lumière ne vient plus des mots. Nous sommes la lumière dans laquelle les mots prennent sens et recouvre la réalité de leur manteau et lui donne forme pour la conscience incarnée. Alors, la vie contemplative peut commencer.

Pourquoi j’écris ?

J’écris depuis plusieurs années déjà. Pas à tous les jours, mais presque. Parfois, plusieurs heures par jour, parfois quelques minutes. Je ne suis pas un écrivain, mais un écrivant. C’est-à-dire, quelqu’un qui écrit, comme quelqu’un fait du ski, sans prétendre être un skieur professionnel. J’espère qu’il n’y a aucune prétention dans mon écriture autre que le bonheur d’écrire et le souci d’être vrai et le plus juste possible. Bref, je fais de mon mieux. Je ne peux pas dire que je suis indifférent aux regards des autres. Qui peut vraiment le prétendre ? Je ne le prétends pas. Par contre, je n’écris pas pour plaire, afin de convaincre, dans le but de provoquer et encore moins pour la réussite avec tout ce qui peut s’y rattacher. Non, j’écris pour quelque chose d’à la fois très intime et très commun. J’écris pour faire venir à la lumière de ma conscience l’expérience humaine qui m’est donnée de vivre à chaque jour. Je ne cherche pas ainsi à comprendre ce que je vis, mais à m’approcher du mystère que représente la conscience que j’ai de vivre. Je n’écris pas pour saisir la vie, mais pour aller à sa rencontre.

La biologie est un langage

J’ai dû m’absenter du monde durant quelque temps. Le temps qu’il faut pour que la vie fasse son travail, mène son combat et que je puisse retrouver l’énergie nécessaire pour mener mes aventures d’être au monde, comme écrire dans mon journal. Lorsque la vie est en bataille, ce qui est au-dessus s’effondre. Il n’y a plus rien de la vie aventurière qui tienne. On ne se lance plus dans des projets d’être ceci au cela, ou de faire ceci ou cela. On reste là, rivé au corps, à ses fonctions, lorsque c’est encore possible, à l’intensité de son langage de sensations et d’émotions. Eh oui ! Le corps parle ! La biologie est un langage.