Un pèlerinage au coeur du vivant

C’est le jour de Pâques.

Les nuages couvrent le ciel comme un manteau de ouates blanches et grises. La petite couche de neige qui est tombée au cours des derniers jours est fondue. Il ne reste que la neige accumulée pour le déneigement. Elle ne restera pas longtemps ; la température est à la hausse. Notre pèlerinage annuel autour du soleil est entré dans la zone printanière. Bientôt, les arbres vont se mettre à bourgeonner, et les nouvelles pousses apparaitre avec leur couleur tendre. Chaque printemps, la nature reprend vie. Nous vivons en elle et, comme elle, avec elle, nous traversons les saisons de notre vie. Notre âme est en pèlerinage autour du soleil intérieur, comme la terre autour du soleil. Nous traversons des saisons froides, d’autres chaudes, parfois accablantes. Il y a des temps d’orages et de tempêtes, suivis de périodes d’accalmies, que l’on croit devoir durer toujours, jusqu’à ce qu’elles se transforment en déserts arides. Puis, un matin, sans prévenir, une brise de tendresse se lève, et vient réconforter notre âme. C’est Pâques.

Pâques n’est pas seulement une date dans un calendrier, ni un rituel pratiqué dans des lieux de culte, qu’une croyance à laquelle nous adhérons ou pas ; ou un rassemblement familiale où l’on donne des cadeaux en chocolat aux enfants. C’est un vent léger qui, sans prévenir, souffle une brise de tendresse sur notre âme inquiète et angoissée, dans son pèlerinage au coeur du vivant.

Joyeuses Pâques !

Arrêter un comportement addictif et compulsif

Le ciel est bleu ce matin : aucun nuage à l’horizon.

Conversation éclairante sur la première étape des AA. Lorsqu’on comprend réellement la première étape, quelque chose de fondamental arrive : on cesse d’essayer d’arrêter. On a compris et accepter que tous ces efforts pour arrêter ne servait à rien. Alors s’ouvre la porte du rétablissement. Quelque chose d’autre peut commencer. Arrêter n’est plus un travail que j’ai à faire. Je peux cesser d’être en lutte et déposer le fardeau. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Certes, il y a beaucoup à faire, mais il ne s’agit pas d’arrêter les comportements addictifs ou compulsifs, mais de vivre. Arrêter de consommer ou d’agir compulsivement n’est pas quelque chose à faire. C’est un résultat qui arrive, lorsque je me sens relié à la vie, à travers ce que je fais chaque jour, un jour à la fois. Je n’essaye pas d’arrêter un comportement addictif ou compulsif, mais d’accueillir, habiter et aimer la vie qui m’est offerte chaque jour. Arrêter est le résultat de ce consentement du fond du coeur à la vie. La lutte pour arrêter fait parti du comportement addictif et compulsif, elle ne peut être la solution ; elle est au coeur du problème.

La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

Sortir de sa coquille

Depuis quelques jours, j’écoute des témoignages de jeunes américains, qui racontent comment ils ont quitté le christianisme à l’intérieur duquel ils sont nés et ont grandi. Ils ont tous grandis dans un monde chrétien fondamentaliste, dont ils ont épousé les valeurs, qui étaient celles de leurs parents et de toutes les personnes autour d’eux. Qu’ont-ils quitté ? La réponse devient claire en les écoutant attentivement. C’est l’enveloppe à l’intérieur de laquelle ils ont grandit qu’ils ont quitté, parce qu’elle ne pouvait plus contenir la vie et lui donner sens, dans le monde d’aujourd’hui. Cette enveloppe, je l’appelle psychosociale. Nous pourrions l’appeler simplement culturel. C’est la même chose pour moi. J’évite l’horrible mot psychosocioculturel, qui engloberait mieux ce que j’essaie de dire. La chrétienté à laquelle ils réfèrent, celles dont ils sont sorties, est une enveloppe totalitaire, donc fermée sur elle-même. La foi, c’est autre chose, mais eux ne font pas la distinction. La seule foi qu’ils ont connue est cette enveloppe culturelle, fermée et trop étroite pour contenir la complexité du monde en évolution. Ils ont passé à travers un processus de déconstruction, au bout duquel ils ont découvert un autre monde plus vaste, plus inclusif, plus vrai, plus proche de la vie. Ils sont passés d’un monde fermé à un monde ouvert. Et ils ont vécue l’expérience comme une libération. du moins, pour ce que j’ai compris. Je me demande, jusqu’où leur formation dans un monde fermé et protecteur, les a aidé à structurer leur personnalité suffisamment pour affronter et surmonter les côtés sombres du monde ouvert et complexe dans lequel nous vivons. Je pense au nihilisme, à l’isolement, à l’insécurité existentielle, à l’incertitude, etc. Ils ont été façonné dans un moule qui est devenu trop serré, mais qui a servit de contenant structurant pour le développement de leur personnalité. Je simplifie beaucoup. Je le sais. Autrement, je ne pourrais écrire. Aucun texte ne peu contenir la complexité de la vie en évolution. Ils peuvent ouvrir des clairières sur le réel, ou fabriquer des enclos pour nous tenir à l’abri. Je préfère les clairières.

Lever du jour

Je me suis arraché au sommeil ce matin, pour me lever, déjeuner, prendre mon café, ma douche et venir m’assoir pour écrire.

Je n’écris pas au bord de la mer, mais à côté de ma fenêtre, dont la vue donne sur le croisement des rues Signay et Plessis. C’est bien tranquille, comme toujours. À cette heure, les autos sont rares, et il n’y a personne dans les rues.

La neige fond rapidement ; à tous les jours, le sol se dénude un peu plus. Bientôt, les pousses printanières vont apparaître sur le sol, dans les arbustes et les arbres, avec leurs couleurs vives et tendres. C’est leur façon de dire que la vie est amour et de nous le donner à voir en spectacle.

Pourquoi j’écris ?

J’écris depuis plusieurs années déjà. Pas à tous les jours, mais presque. Parfois, plusieurs heures par jour, parfois quelques minutes. Je ne suis pas un écrivain, mais un écrivant. C’est-à-dire, quelqu’un qui écrit, comme quelqu’un fait du ski, sans prétendre être un skieur professionnel. J’espère qu’il n’y a aucune prétention dans mon écriture autre que le bonheur d’écrire et le souci d’être vrai et le plus juste possible. Bref, je fais de mon mieux. Je ne peux pas dire que je suis indifférent aux regards des autres. Qui peut vraiment le prétendre ? Je ne le prétends pas. Par contre, je n’écris pas pour plaire, afin de convaincre, dans le but de provoquer et encore moins pour la réussite avec tout ce qui peut s’y rattacher. Non, j’écris pour quelque chose d’à la fois très intime et très commun. J’écris pour faire venir à la lumière de ma conscience l’expérience humaine qui m’est donnée de vivre à chaque jour. Je ne cherche pas ainsi à comprendre ce que je vis, mais à m’approcher du mystère que représente la conscience que j’ai de vivre. Je n’écris pas pour saisir la vie, mais pour aller à sa rencontre.