L’autre soif

Être sans enclos, en lien direct avec la réalité. Cela peut être insupportable. Ce n’est pas mauvais en soi de se mettre à l’abri des aspects les plus durs de la réalité. Parfois, il faut le faire simplement pour survivre. Nous sommes fragiles et vulnérables. Il peut être bon de s’appuyer lorsque la douleur physique et morale n’est plus supportable. Mais il faut bien essayer d’apprendre à marcher par soi-même si on le peut. Quelque chose en nous veut grandir. Quelque chose a soif d’être. Une soif qu’aucune possession ne peut rassasier. Nous accouchons de nous mêmes à travers les épreuves et les catastrophes qui nous arrivent. C’est comme des enveloppes protectrices qu’on laisse tomber. Certains n’y parviennent pas vraiment. Ils meurent avant de naitre. Soit étranglés par le malheur qui les étouffe, ou asphyxié dans l’enveloppe de la réussite, de la richesse et de la gloire. Pour respirer librement, il faut autre chose que la réussite. Quelque chose que le monde ne peut donner, sans lequel le monde devient un milieu hostile irrespirable.

Vivre avec l’inconnu et l’incertain

Le ciel est couvert ce matin.
On ne sait jamais ce que le jour nous réserve. Certains jours ressemblent aux autres. C’est une illusion de l’esprit. Aucun jour n’est comme les autres. Mais nos activités peuvent être routinières. Dans mon monde la routine est difficile à établir et à maintenir. J’essaie. La routine de certaines activités procurent un sentiment de continuité dans la vie. Elle permet aussi de progresser dans la durée; il y a des avancées qui ne peuvent s’accomplir qu’avec la persévérance dans la durée. Mais les routines peuvent aussi devenir des mécanismes mortifères qui emprisonnent toute créativité et spontanéité. Rien n’est en soi bon ou mauvais dans ce monde. Cela dépend du sens qu’elles ont pour la personne. Est-ce qu’elles sont en lien avec les besoins ou, au contraire, est-ce qu’elles sont dissociées des besoins de la personne ? Est-ce qu’elles nourrissent les besoins ou, au contraire, est-ce qu’elles creusent et maintiennent la personne dans un manque vital ? C’est venu ainsi ce matin.


Parlons un peu d’hier.
Drôle de journée où j’ai passé par toute une gamme d’émotions. La perte inexplicable de près de 300 fichiers sur mon ordinateur. Tout le travail d’écriture depuis les trois dernières années. Puis, je les ai retrouvé avec l’aide de Vicky qui travail pour Apple care. Je les ai de nouveau perdu. Puis retrouvé avec l’aide encore de Vicky. Cela a durée tout l’après-midi. Bon, je m’en suis finalement sorti indemne. Une journée bien différente de ce que j’attendais. Je m’étais levé de bonne humeur. Mais cela ne veut rien dire. Ce n’est pas parce que je suis de bonne humeur aujourd’hui qu’il ne m’arrivera rien de malheureux. Très difficile de déloger toutes les superstitions que notre esprit bricole pour se rassurer. Il vaut mieux apprendre à vivre avec l’inconnu et l’incertain. C’est ainsi que la vie humaine peut devenir merveilleuse.

L’inconnu

Dans ce que l’on voit, il y a toujours plus que ce que l’on voit. Ce plus, ce n’est pas autre chose caché derrière ce qui apparaît à l’extérieur et qu’il faudrait découvrir. C’est le fond d’inconnu sur lequel les choses apparaissent. La grande vision n’est pas celle qui voit beaucoup de choses, mais qui voit dans toutes choses la part d’inconnu qui l’enveloppe.

La non-dualité

La conscience non-duelle n’est pas sans objet. Elle est en relation avec les objets à partir d’un silence accueillant la réalité comme elle est, inconditionnellement. La conscience non-duelle est ouverture de l’esprit et bienveillance du coeur. D’abord bienveillance du coeur dans le silence apaisé de l’esprit.

Ce n’est pas un état d’être, un bien-être à atteindre, une sorte de nirvana. Il n’y a rien d’autre à atteindre que ce qui est déjà présent. La dualité est un point de vue naturel. C’est le monde tel qu’il apparait à la conscience dans la vie de tous les jours. La non-dualité, c’est le même monde du point de vue la conscience à l’intérieur de laquelle la dualité apparait : un simple changement de paradigme épistémologique.

Désenchantement du monde et mystère de la présence

Nous voilà, le jour s’est de nouveau levé. Nous avons fait notre petit voyage quotidien avec la terre qui tourne sur elle-même. Nous sommes de retour, comme à chaque matin, de chaque jour. C’est vraiment un miracle que nous soyons là, que je sois ici, embarqué dans ce voyage cosmique, dans cet univers si mystérieux et fascinant ! Quelle aventure ! Contrairement à ce que plusieurs pensent, je ne crois pas du tout que le monde séculier soit un monde désenchanté. Au contraire, j’ai le sentiment que le mystère s’est agrandi et approché, plus qu’il ne l’a jamais été. Ce n’est pas le mystère qui a disparu dans la lumière de notre savoir, et l’enchantement qui s’est dissipé derrière notre lucidité, c’est l’antique vision du monde où nous apparaissait le mystère de l’existence qui s’est effondrée, entrainant dans sa chute la naïveté de notre enchantement. Nous voici nus sur la terre, réfugiés dans des mondes que nous tissons avec nos mots, réchauffés par le soleil, autour duquel nous sommes en pèlerinage annuel. Quelle est notre destination ultime ? Nous l’ignorons. Personne ne le sait. L’inconnu est radical. Aucun savoir ne peut l’effacer et l’inclure dans sa lumière. Il est hors de notre saisie. Il n’est pas un mur infranchissable, qui encercle notre existence, mais une porte ouverte sur le miracle de notre présence. Pour l’ouvrir, il n’y a rien à faire ; il suffit d’être qui nous sommes, simplement. Nous sommes le mystère de la présence.

Un pèlerinage au coeur du vivant

C’est le jour de Pâques.

Les nuages couvrent le ciel comme un manteau de ouates blanches et grises. La petite couche de neige qui est tombée au cours des derniers jours est fondue. Il ne reste que la neige accumulée pour le déneigement. Elle ne restera pas longtemps ; la température est à la hausse. Notre pèlerinage annuel autour du soleil est entré dans la zone printanière. Bientôt, les arbres vont se mettre à bourgeonner, et les nouvelles pousses apparaitre avec leur couleur tendre. Chaque printemps, la nature reprend vie. Nous vivons en elle et, comme elle, avec elle, nous traversons les saisons de notre vie. Notre âme est en pèlerinage autour du soleil intérieur, comme la terre autour du soleil. Nous traversons des saisons froides, d’autres chaudes, parfois accablantes. Il y a des temps d’orages et de tempêtes, suivis de périodes d’accalmies, que l’on croit devoir durer toujours, jusqu’à ce qu’elles se transforment en déserts arides. Puis, un matin, sans prévenir, une brise de tendresse se lève, et vient réconforter notre âme. C’est Pâques.

Pâques n’est pas seulement une date dans un calendrier, ni un rituel pratiqué dans des lieux de culte, qu’une croyance à laquelle nous adhérons ou pas ; ou un rassemblement familiale où l’on donne des cadeaux en chocolat aux enfants. C’est un vent léger qui, sans prévenir, souffle une brise de tendresse sur notre âme inquiète et angoissée, dans son pèlerinage au coeur du vivant.

Joyeuses Pâques !

Arrêter un comportement addictif et compulsif

Le ciel est bleu ce matin : aucun nuage à l’horizon.

Conversation éclairante sur la première étape des AA. Lorsqu’on comprend réellement la première étape, quelque chose de fondamental arrive : on cesse d’essayer d’arrêter. On a compris et accepter que tous ces efforts pour arrêter ne servait à rien. Alors s’ouvre la porte du rétablissement. Quelque chose d’autre peut commencer. Arrêter n’est plus un travail que j’ai à faire. Je peux cesser d’être en lutte et déposer le fardeau. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Certes, il y a beaucoup à faire, mais il ne s’agit pas d’arrêter les comportements addictifs ou compulsifs, mais de vivre. Arrêter de consommer ou d’agir compulsivement n’est pas quelque chose à faire. C’est un résultat qui arrive, lorsque je me sens relié à la vie, à travers ce que je fais chaque jour, un jour à la fois. Je n’essaye pas d’arrêter un comportement addictif ou compulsif, mais d’accueillir, habiter et aimer la vie qui m’est offerte chaque jour. Arrêter est le résultat de ce consentement du fond du coeur à la vie. La lutte pour arrêter fait parti du comportement addictif et compulsif, elle ne peut être la solution ; elle est au coeur du problème.

La fabrique de l’être

Il fait froid ce matin, mais la pluie a cessé.

Prendre le temps. Cela peut paraitre bien étrange, le temps nous est offert pour la fabrique de l’être – équivalent du travail des abeilles qui fabrique du miel. Nous, nous fabriquons de l’être. Le temps est donc très précieux pour nous, comme le pollen pour les abeilles. Il faut que nous apprenions à le récolter, et à le transformer, afin de fabriquer de l’être.

La fabrique de l’être est une entreprise à la fois individuelle et collective. Elle a une dimension d’intériorité et d’extériorité. Elle n’est qu’en partie régie par des lois et des règles extérieures, écrites, conservées et transmises. C’est le rôle des institutions, dont la première est le langage.

Dans le langage les codes de la fabrique de l’être se transmettre d’une génération à l’autre. Hors du langage, la transmission de la fabrique de l’être cesse. Le langage est le domaine où nous fabriquons l’être ensemble dans la compréhension mutuelle. Lorsque la compréhension cesse, l’être disparait avec elle.

Il faut prendre le temps, parce qu’en lui l’être vient au monde. Prendre le temps, c’est faire le don de sa présence, afin que l’être advienne.

Fenêtre poétique

C’est un nouveau jour ; il pleut. Dans quelques jours, il n’y aura plus de neige, autre que celle accumulée pour le déneigement. La saison printanière avance rapidement. Bientôt, les jeunes pousses vont se montrer dans toute leur frénésie printanière. Les oies blanches et les bernaches sont en route vers leur quartier d’été au nord.

Elles ont une #singularité qu’elles vivent à l’intérieur d’un ordre commun, auquel elles ne peuvent déroger. Elles vivent enveloppées à l’intérieur de l’ordre biologique de leur espèce, hors duquel elles ne peuvent s’aventurer véritablement. Elles semblent vivre totalement immergées dans l’environnement perceptuel de leur organisme, sans fenêtre poétique pour entrevoir ou imaginer un au-delà.

Nous sommes aussi, comme les oies blanches et les bernaches, immergés dans la nature, à l’intérieur de laquelle nous avons la vie. Nous ne sommes pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de la nature. Comme les oies blanches et les bernaches, nous vivons dans le monde perceptuel de notre organisme, mais nous avons une fenêtre poétique qui s’ouvre sur un monde inexistant dans notre champ perceptuel, que nous pouvons explorer, développer, imaginer et habiter. C’est un pouvoir être ouvert sur l’infini. Malheureusement, certains passent leur vie à essayer de la tenir fermée. Ils fabriquent des enclos, autour desquels, ils construisent des murs, et postent des gardent armés pour en défendre la sortie.

Une fenêtre poétique est une métaphore qui désigne l’infini présent en nous. Ce n’est pas la seule modalité de la présence de l’infini à notre conscience. Elle vient aussi dans la responsabilité que Lévinas nomme l’éthique. La responsabilité n’est pas une limite, une loi, mais une générosité sans limites, le don de soi.

Voilà, c’est la clairière dans laquelle je dépose mon esprit ce matin pluvieux.

Lever du jour

Je me suis arraché au sommeil ce matin, pour me lever, déjeuner, prendre mon café, ma douche et venir m’assoir pour écrire.

Je n’écris pas au bord de la mer, mais à côté de ma fenêtre, dont la vue donne sur le croisement des rues Signay et Plessis. C’est bien tranquille, comme toujours. À cette heure, les autos sont rares, et il n’y a personne dans les rues.

La neige fond rapidement ; à tous les jours, le sol se dénude un peu plus. Bientôt, les pousses printanières vont apparaître sur le sol, dans les arbustes et les arbres, avec leurs couleurs vives et tendres. C’est leur façon de dire que la vie est amour et de nous le donner à voir en spectacle.