Le ciel est à l’intérieur

Est-ce important de comprendre ce qu’est le ciel ? Est-ce important de savoir où se trouve le ciel ? Thérèse pose ces questions à ses soeurs dans le chemin de la perfection. Sa réponse est simple et peut être étonnante, lorsqu’on pense à l’enseignement traditionnel de l’Église : Dieu est à l’intérieur de chacune de vous. Dans la profondeur de notre être il y a une petite porte : la porte du coeur. Il suffit de l’ouvrir pour être chez Dieu. Le paradoxe est que lorsque l’on entre chez Dieu par la petite porte du coeur, on prend conscience que l’on est chez soi ; que notre demeure véritable est avec lui. Lorsque Thérèse écrit que le ciel n’est pas là-haut, mais en dedans, elle renvoie à Augustin qui avait longtemps erré et cherché Dieu à l’extérieur, avant de se rendre compte qu’il était à l’intérieur.

Curieux tout de même que l’Église n’est pas plus centrée son enseignement sur la découverte et l’ouverture de la petite porte du coeur. Peut-être est-ce la chose la plus essentielle dans la spiritualité : comment repérer et ouvrir la petite porte du coeur sur le ciel intérieur où est notre vrai demeure ?

Lorsque l’on a découvert le chemin et ouvert cette porte, une nouvelle vie commence. C’est comme une renaissance. La vie elle-même et le monde ne se transforment pas. C’est notre rapport à la vie et au monde qui change. Nous avons trouvé notre véritable demeure à partir de laquelle nous pouvons désormais vivre et habiter le monde autrement. C’est un changement radical. Notre coeur cherche sa Source, sa demeure, ses racines ; il se cherche. Sa véritable demeure n’est pas l’extériorité de la vie et du monde où il existe. Notre corps a sa demeure dans la vie et la nature qui l’englobe. Nous avons besoin d’oxygène pour respirer, de nourriture afin de nous alimenter et de refuges pour nous abriter. C’est notre demeure terrestre. Notre esprit, lui, est chez lui dans le monde. Il a besoin d’un langage pour communiquer et comprendre le monde qui l’entoure et ce qu’il vit. Avec son langage, il forme des récits qui lui ouvre la fenêtre du temps narratif. Il y fait sa demeure spirituelle ; il habite l’histoire. Pour retenir le temps et se repérer, il pose des piliers. Il a besoin de stabilité et de continuité dans l’histoire. Ce sont les institutions qui les lui procurent. Elles forment le monde dans lequel nous vivons et dans lequel arrivent les nouveaux nés. Nous leur laissons en partant. Le coeur, lui, n’a pas sa demeure véritable ni dans la nature, ni dans le monde. Il a sa demeure dans la profondeur de l’être où se trouve une petite porte secrète. Nous devons la trouver, y pénétrer et nous y installer. C’est le rôle de la spiritualité et de l’éducation de guider et d’accompagner les personnes vers cette porte. Par contre, nous devrons tous la franchir seules, dans le secret de notre coeur.

Un phénomène social troublant

Je suis toujours dans l’intrigue troublante que représente le Trumpisme. Il y a là une expérience humaine très importante. J’essaie de comprendre ce qui arrive. On peut dire beaucoup de choses qui sont justes, mais qui ne m’intéressent pas vraiment : la personnalité de Trump, la complicité et l’hypocrisie des politiciens républicains. Tout cela est extérieur. J’ai observé chez Trump et ses partisans les plus chauds, un appétit pour croire et défendent férocement les pensées qui leur viennent à l’esprit, sans se demander si elles sont vraies. Cette question est comme exclue de leur pensée. Alors, si ce n’est pas la vérité qui guide la pensée, qu’est-ce que c’est ? Difficile de répondre. Ce qui est certain, c’est que cette pensée flotte à la surface du monde, sans vraiment l’éclairer ; elle crée plutôt une brume plus ou moins épaisse. Les Trumpistes vivent dans cette brume et s’y sentent en sécurité. Ils se sentent proches les uns des autres, une sorte de famille affective. Ce que plusieurs semblent manquer désespérément ; suspendus au-dessus du vide, leur esprit s’agrippe à des croyances qui donnent un sens à leur vie. Que ces croyances soient vraies n’a pas vraiment d’importance. En fait, pour eux, elles sont vraies, parce qu’ils y croient et que ceux qui les entourent y croient aussi. Tout ce qui est extérieur au groupe apparait comme une menace à l’identité psychosociale fragile des membres du groupe. Le Trumpisme est un mouvement sectaire. Trump est le leader de la secte. Ils sont plusieurs millions dans cette étrange affiliation politique aux frontières poreuses.

Peur, méfiance et pouvoir

Trump est à la tête d’un mouvement extrêmement dangereux qu’il nourrit. Nos voisins sont divisés. Nous le savons, mais l’élection de Trump a creusé cette fracture jusqu’au coeur des institutions qui incarnent les valeurs de la démocratie. Il y a une frange de plus en plus importante de la population qui croit être victime d’un groupe d’élites (démocrates) qui contrôle les institutions (deep state), et qui travaillent contre eux en secret. Les médias nationaux ne sont qu’une couverture, derrière laquelle se trame en coulisse le vrai pouvoir. Il faut se méfier d’eux et surtout, ne rien croire de ce qu’ils disent. Jusqu’où Trump lui-même est parti prenante de cet esprit paranoïaque ? Jusqu’à maintenant, je croyais qu’il était en dehors de tout ça ; mais jouait le jeu pour le pouvoir. J’en suis moins sûr maintenant. Les Américains semblent avoir élue un président avec un esprit contaminé par la paranoïa. C’est certain qu’il cherche le pouvoir ; c’est certain qu’il se croit le centre du monde, etc. Tout cela est vrai, et plus encore, mais il a cet esprit toxique en lui ; ceux qui le suivent le reconnaissent. Il y a quelque chose de tellement malsain dans ce mouvement, que les observateurs et analystes de la scène politique et sociale américaine sont sans mots. La confusion est tellement profonde, et la désinformation tellement généralisée, qu’il est très difficile de voir comment les institutions peuvent survivre encore longtemps. Ce mouvement est extrêmement dangereux pour la démocratie américaine. Ils sont au bord du gouffre. Les institutions démocratiques sont fondées sur la raison éclairée par la foi en l’homme, incarnée dans le droit. Ils ont abandonné l’un et l’autre.

Le chemin de la pensée

Le pouvoir être, tel qu’il vient à notre conscience, cherche son chemin vers le développement harmonieux de la vie. Il n’est pas fixé quelque part ; il n’a pas de structure ou d’identité à défendre. Son dynamisme ouvre l’éternité du présent sur le devenir en évolution. La dimension psychosociale de mon être se construit autour d’un centre figuratif : le moi avec son nom propre et son histoire. Ce centre est réel, mais il n’est pas tout ; il est rien, vanité proclame la tradition spirituelle. Il ne faut pas entendre ce mot dans un sens moral, mais ontologique. Le moi n’est pas notre identité profonde ; il n’en est que la manifestation temporelle. Elle peut être une manifestation authentique de la dimension spirituelle de l’être, ou une déformation qui engendre le chaos et la destruction.

J’essaie encore d’exprimer quelque chose sans y parvenir. Cela m’arrive constamment. C’est un peu pénible par moments ; mais c’est le chemin de la pensée qui essaie de s’accorder avec la vie ; elle cherche à tâtons son chemin dans les broussailles.

Le sens de la vie n’est pas une abstraction, un discours sur le sens de la vie. Il est donné dans la vie elle-même ; il suffit de l’écouter et d’apprendre son langage. Dans ce langage est contenu la science de l’amour. C’est cette science que la pensée cherche à tâtons en faisant venir l’expérience à la lumière des mots. Une clairière d’actions peut apparaitre où l’énergie des besoins peut être canalisée et orientée vers le service de la vie et de son élan évolutif.

Il faut choisir la vie du fond du coeur, en esprit et en vérité. Ce choix fondamental enracine l’action et le faire dans l’être. Le sens de la vie apparait à la conscience comme un chemin ouvert sur le futur ; un chemin qui peut, certes, être chargé de promesses et d’appréhensions, mais qui demeure un chemin de vie et de libération. Ce qui importe n’est pas tant le but visé, que le lieu d’où l’on part pour agir. Comme il est facile de l’oublier !

Trois repères, pour baliser le chemin :

  • Ne pas croire les pensées automatiques et spontanées qui nous viennent à l’esprit.
  • Revenir dans la présence ; dans l’enracinement dans l’être.
  • Se connecter avec l’amour ; avec la présence transcendante qui irradie à partir de la profondeur de notre être.

La lumière des mots

Faire venir à la lumière des mots les intuitions qui émergent du fond de l’être est parfois difficile et source de frustration. Il serait aisé de laisser faire, de passer mon tour et d’oublier ce travail d’écriture ; me contenter d’y penser dans ma tête. Pourquoi aller plus loin ? La raison est simple, parce que ça contribue à enrichir la vie, à la rendre plus belle. Pour cela, il faut la choisir avec tout son coeur et tout son esprit. Parfois, il faut prendre une pause. Arrêter, et ne rien faire d’autre qu’être présent à ce qui est. C’est comme respirer. Prendre le temps de se retirer de l’agir, du faire et des soucis du monde, simplement pour être, et aller boire au puits intérieur l’eau de la vie. C’est essentiel pour traverser les déserts du monde dans lequel nous vivons, sans nous perdre ou mourrir de soif.

Je crois que notre mission consiste à contribuer à l’élan évolutif de la vie, le mieux que l’on peut. Pour cela, il est essentiel que nos actions émergent de notre enracinement dans l’être.

Je dis tellement de choses de différentes façons, j’ai peine à me suivre. Il est très difficile d’imaginer comment quelqu’un d’autre peut suivre et comprendre ce que j’essaie de dire. J’avance dans une clairière de mots. Certains jours, le ciel est couvert ; je ne vois presque plus rien. D’autres jours, tout semble clair et lumineux, j’ai l’impression de courir sur les mots ; mais cela ne dure jamais longtemps. Vient un temps où le ciel du langage s’obscurcit. Je suis de nouveau dans un épais brouillard à chercher les mots sur lesquels me poser pour éclairer le chemin. J’avance à tâtons, sans trop savoir où je vais. Sans que je puisse m’y attendre une clairière s’ouvre sur un horizon de sens encore inexploré. C’est l’aventure de la pensée qui accompagne et soutient la venue de l’expérience dans la clarté du langage. C’est l’intention qui motive et oriente mon écriture quotidienne dans ce journal.

L’Amérique est malade

Les observateurs américains les plus lucides sont très inquiets de l’état d’esprit des 72 millions de citoyens qui ont voté pour Trump. Je crois qu’ils ont raison de s’inquiéter. L’Amérique est malade ; un cancer spirituel est en train de détruire les fondements de ses institutions. Il y a au sein de la population américaine une forte demande pour des explications malsaines et mensongères de la réalité. C’est comme un vide intérieur que de plus en plus de gens ne peuvent plus supporter ; ils ne savent pas comment habiter le monde dans lequel ils vivent. Le sens de la vie leur échappe totalement. Ils sont partis à la dérive dans un univers délirant et paranoïaque. Ils ont trouvé un sens à leur vie en combattant un ennemi irréel, inventé de toute pièce par des esprits tordus, vaniteux et avides, qui profitent de cette soif d’autant plus, qu’ils sont eux-mêmes dévorés par cette soif. Le succès politique de Trump est le symptôme de cette maladie. Elle ne disparaitra pas avec son départ de la Maison-Blanche. C’est malheureux, mais c’est ainsi. Le chemin vers la présence, passe par la reconnaissance de cette troublante maladie spirituelle.

L’effondrement identitaire

Un individu peut être très conservateur, tout en étant très honnête, intègre, respectueux des autres et compatissant. Je l’ai appris et compris, en suivant de près la politique américaine, depuis les quatre dernières années. Cela m’a pris un peu de temps, pour comprendre clairement, que le problème avec Trump et ses principaux défenseurs républicains, ce n’est pas le conservatisme, mais l’intégrité. Ils vivent dans une réalité alternative, créé de toutes pièces et déconnectée des besoins de la population. De cette façon, ils croient conquérir le pouvoir et s’y maintenir. Ils ne l’avouent pas ouvertement, ou ne se l’avouent pas à eux-mêmes, mais quoi qu’il en soit, ce faisant, ils se mettent en rupture avec les valeurs qu’incarnent les institutions démocratiques. Ce mouvement – car c’est de cela qu’il s’agit ; Trump n’est que le personnage d’avant-plan – est à ma connaissance une réaction régressive très dangereuse, que l’on croyait dépassée et renvoyée dans les oubliettes de l’histoire, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il est facile d’oublier les dures leçons de l’histoire ; il n’y a pas de vie qui peut fleurir et s’épanouir, hors de la tolérance, de la vérité, de la justice et de la bonté.

Mettre fin à l’itinérance : vers une approche compréhensive

Depuis le début des années 2000, on parle de plus en plus de mettre fin à l’itinérance dans l’espace public. On ne veut plus seulement « gérer » l’itinérance, on veut l’enrayer. Il y a là une réaction saine. D’abord, vis-à-vis un certain accommodement déraisonnable avec des façons de faire héritées du monde industriel, qui sont devenues totalement dépassées par la complexité des situations d’itinérance aujourd’hui. Il faut faire les choses autrement. Ensuite, pour éveiller et mettre en mouvement la responsabilité collective incarnée dans les institutions et les gouvernements. L’inertie gouvernementale et institutionnelle devant la croissance et la gravité de la rupture sociale est carrément irresponsable. Il faut agir. Mais pour cela, il faut une direction commune. C’est le rôle que veut jouer l’expression « mettre fin à l’itinérance ». Lire la suite de « Mettre fin à l’itinérance : vers une approche compréhensive »