La spiritualité, c’est peut-être…

Étrange, pour voir et écouter vraiment, il faut fermer les yeux et entrer dans le silence. Il faut laisser le piédestal sur lequel on s’est installé pour contempler le monde et être bien en vue. Il faut descendre et poser pied à terre. Delà, on voit le monde d’un autre point de vue, beaucoup plus large et moins dangereux. Personne ne peut nous jeter à terre; nous y sommes déjà. Delà, nous ne sommes plus séparés du monde, juchés dans les hauteurs de nos ambitions démesurées. Nous sommes avec les autres, sur la terre avec eux. Nous marchons à hauteur d’homme, en proximité humaine. En même temps, nous entrons plus profondément dans la solitude et le silence intérieur. Car c’est seul que l’on descend de son piédestal. Et c’est aussi dans la solitude qu’on est avec les autres sur la terre et, à partir du coeur en silence que l’on s’adresse à eux et que l’on écoute ce qu’ils cherchent désespérément à dire avec des mots. La spiritualité, c’est peut-être le chemin que l’on emprunte pour descendre de notre piédestal et s’approcher de qui nous sommes réellement, afin de mieux vivre avec la vie, les autres et le monde.

La plénitude et le manque

Il y a bien des moments de plénitude et de manque dans ma vie. Je peux le comprendre à deux niveaux. Au premier niveau, la plénitude est une satisfaction, momentanée et fragile. C’est la satisfaction d’un besoin qui dépend d’une source extérieure. Cette satisfaction ne dure pas. Et elle est dépendante de l’extérieur. C’est le niveau biopsychosocial. La plénitude au deuxième niveau est bien différente. Elle est toujours présente et ne dépend pas d’une source extérieure. Elle a sa source à l’intérieur. C’est une source jaillissant en vie éternelle à laquelle nous pouvons puiser quotidiennement l’eau de notre vie. C’est le niveau spirituel de notre vie. Le manque au niveau spirituel n’est pas manque de quelque chose, mais d’être.

La présence et l’expérience

À chaque jour nous avons à traverser des milieux hostiles, plus ou moins chargés
de menaces.

Ces milieux sont parfois extérieurs, mais ils sont aussi et le plus souvent intérieurs. Ce sont les plus dangereux.
L’aventure spirituelle commence lorsque nous nous éveillons à la vie intérieure. Là où la vie a sa source. Cet intérieur n’est pas un dedans, une dimension secrète cachée derrière une porte qu’il nous faudrait découvrir, de la même manière que nous cherchons la réponse à un problème. La vie intérieure n’est pas un problème à résoudre, un objet de la pensée.

On ne peut chercher la source de la vie comme on cherche quelque chose de caché qu’il nous faudrait découvrir. La dimension spirituelle de la vie n’est pas quelque chose. Elle n’apparait pas devant nous et on ne peut la saisir. Elle n’est pas un objet de connaissance.

Elle est une Présence.

Nous ne la quittons jamais. Elle a toujours été présente à travers la diversité des expériences que nous avons vécues. Elle ne sera jamais absente des expériences que nous allons vivre au cours de notre vie.

Elle est la condition de possibilité de l’expérience.

Gratitude

Assis bien au chaud, en sécurité, sans souci de nourriture,
comment ne pas rendre grâce!
Je peux goûter la vie en pleine conscience.
Grâce à tous ce travail, ces efforts, ces sacrifices, cette créativité des générations qui nous ont précédé, je suis là,
grâce à eux, avec eux.
Je vis d’un héritage millénaire.

Choisir la vie pour vivre.

L’esprit est curieux et inquiet. Il ne sait pas. Lorsqu’il s’éveille, il entre dans l’oubli. Étrange. Il s’absorbe dans la représentation du monde qui lui est donnée. Il ne sait pas encore quel est ce monde. Il va le découvrir lentement, très lentement. Il n’est pas seul. Même s’il est unique. Cela, c’est son âme. Elle aussi, il va la découvrir. L’esprit va vers l’universel et l’infini. Alors que l’âme l’ancre dans le singulier, le fini et la contingence. Comment faire l’unité ? Deux chemins. Un qui monte vers l’inconnu. Un qui descend dans la vulnérabilité parfois tragique de l’existence. Un qui mène à la libération de la souffrance en transcendant radicalement la personne. L’autre qui épouse la souffrance humaine et la transfigure. Victoire de l’Amour. Ces deux chemins ne sont opposés qu’en surface. En profondeur, ils ont une même source. Et ils s’entremêlent constamment. Lorsqu’on avance sérieusement sur un de ces chemins, l’autre s’ouvre sous nos pas. C’est comme si, pour ma part, j’avançais sur les deux en même temps. Par moment, l’un apparait au premier plan, à d’autres moments, c’est l’autre qui apparait. Je ne fais que suivre pas à pas ce que la vie m’offre à vivre chaque jour. J’avance avec le plus de sincérité et d’ouverture du coeur et de l’esprit dont je suis capable. C’est tout simple : choisir la vie sans condition, pour la vivre.