La dimension spirituelle de l’existence humaine n’est pas une abstraction, une idée ; elle n’est pas non plus quelque chose, un objet que l’on peut désigner. Comment pouvons-nous en parler alors ? Eh bien ! Il faut l’avouer, ce n’est pas facile. Les chemins pour y parvenir sont nombreux et tortueux. Même le chemin sans médiation de l’advaita védique (non-dualité) n’est pas simple à baliser. Ce qui est certain, c’est que l’approche traditionnelle de la catéchèse, qui consistait à définir Dieu comme un être superlatif, sans lien avec l’expérience réelle, est une aberration théologique. Personne ne peut connaitre Dieu en apprenant par coeur sa définition. Comme on ne peut connaitre sa mère en apprenant par coeur la définition de ce qu’est une maman, comme l’a si bien dit Maurice Zundel. Paul Tillich nous dit que la dimension spirituelle se trouve dans la profondeur de l’être. Elle n’est pas située quelque part ; elle n’est pas une autre dimension à côté des autres. Elle est la réalité ultime de la conscience humaine. Où peut-on la trouver ? Nulle part ; elle n’est pas quelque part ; elle n’est pas une dimension spatiotemporelle, mais la condition de l’expérience proprement humaine. La chercher quelque part est notre réflexe spontané ; mais c’est à partir d’elle que nous cherchons ; elle est la source de ce désir. Elle ne peut être trouvée à l’extérieur parmi les choses. Les choses apparaissent en elle. La dimension spirituelle est une qualité de présence que l’on nomme la conscience, sans vraiment savoir de quoi l’on parle, tout en le sachant comme nous savons que la terre existe sous nos pieds. En fait, personne ne sait ce qu’est véritablement la conscience. Il faut bien le dire tout haut. Peut-être même faudrait-il le crier à tue-tête, ou simplement se taire et rester en silence ? C’est ça : se taire et écouter à travers les sens le murmure de la vie et les bruits du monde ; intérieurement, observer avec curiosité les pensées qui vont et viennent sans prévenir, être attentif aux ressentis corporels et émotionnels. Il n’y a rien à faire. Il ne manque rien. Tout est à sa place. Laisser être. La dimension spirituelle n’est pas quelque part dans l’être, elle est la présence à l’intérieur de laquelle l’être prend forme et apparait. Nous pouvons l’appeler aussi amour, ou confiance, ou Dieu, ou Christ, ou bouddha, ou brahmane, ou tout, ou rien, etc.
Mois : décembre 2021
Aider Dieu en soi pour s’aider soi-même
Qu’il est facile de se laisser absorber par les soucis du monde, d’entrer dans un état de lutte contre la réalité même ? Comment, mon Dieu, porter le poids du monde, sans être écrasé et chercher à dominer les autres ? Comment prendre notre part de la souffrance du monde, sans se sentir victime et blâmer les autres et le monde pour ce qui nous arrive ? Comment vivre avec la souffrance inhérente à l’être en devenir ? Comment affronter le mal injustifiable, sans sombrer dans le désespoir ? Comment éviter de faire porter le blâme sur les autres, de les dénigrer, de les mépriser, de les laisser vivre dans la misère, voire de chercher à les anéantir, alors que nous, nous nous parons de la gloire, nous jouissons dans les plaisirs et l’opulence, et nous nous rassurons dans le pouvoir que nous avons ? D’une façon ou d’une autre, la spiritualité nait de ce questionnement existentiel. Elle est la quête d’une vie vraie, malgré la souffrance et le mal inhérent à l’existence. La spiritualité n’est pas une recherche de justification de la souffrance et du mal auquel nous sommes tous confrontés ; mais une quête de sens, malgré ou au-delà de la souffrance et du mal. Il faut bien entendre que la quête de sens n’est pas la recherche d’une réponse intellectuelle au problème de la souffrance et du mal dans le monde. Elle est un tourment et un enjeu existentiel. La conscience a des choix fondamentaux à faire dans l’existence, qui déterminent l’orientation à donner à la vie. Les saints de toutes les religions et traditions spirituelles du monde sont des sources et des guides précieux pour nous aider sur le chemin de la vie. À travers eux, Dieu nous parle. Dans la prière, nous pouvons l’entendre. Parce que Dieu est présence à l’intérieur de nous. Une présence très intime, plus intime que nous le sommes à nous-mêmes dans notre vie quotidienne. C’est d’ailleurs ce que j’essaie de dire, sans trop y parvenir. Nous entrons en relation avec la présence de Dieu en nous, en nous effaçant. C’est cela que les saints transmettent et c’est le chemin qu’ils balisent. Il y a un vide qui se creuse en nous dans la prière méditative qui est l’ouverture d’une porte intérieure sur la fontaine d’où jaillit l’eau de la vie. Ce vide ou cet évidage est une transformation profonde de la relation de la conscience avec ce qu’elle vit et ce qu’elle est appelée à vivre dans le monde. Ce processus n’est probablement jamais achevé sur terre. La volonté de Dieu n’est pas extérieure à notre conscience. Elle est une présence qui irradie à partir de la profondeur la plus intime de notre être ; une présence unificatrice, qui rassemble les désirs à partir d’une source plus profonde. Il faut revenir à Etty Hillesum, qui, confrontée à l’horreur des camps nazie, écrit : je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne peux rien garantir d’avance. Une chose m’apparait de plus en plus clairement, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes.