Jasmine s’est arrêtée

Ce tableau termine le cycle de ce personnage que j’ai rencontré au début de l’année. Il va peut-être revenir, mais pour le moment, je sais que je dois le laisser partir ; un autre personnage est venu à ma rencontre et je dois le dessiner. Je ne sais pas encore ce qu’il va m’apprendre. Il me faut prendre le temps de le connaitre. Parfois, c’est un peu long, mais c’est toujours étonnant ce qu’ils peuvent m’apprendre.

L’envers du jour

J’ai été fatigué toute la journée. Je suis tout de même allé marcher à l’extérieur avant le souper. L’air était froid. Beaucoup de choses arrivent dans une journée. Certaines sont réjouissantes, d’autres frustrantes. Les unes comme les autres, j’essaie de les cueillir, comme on cueille des fleurs, et je les laisse partir comme des oiseaux dans le ciel. Ce n’est pas de l’indifférence. Non ! C’est autre chose ; quelque chose qui enveloppe la vie de sa présence. On ne peut choisir le fond des choses ; il nous est donné entouré de mystère. La nuit est l’envers du jour. Ils sont inséparables. Il n’y a d’autre choix que le consentement à ce qui est vrai dans toute sa nudité et sa dureté, pour ouvrir la fenêtre du coeur et de l’esprit sur une liberté aventureuse et joyeuse, malgré tout, avec tout.

La banalité du mal, encore et toujours présente.

Le ciel est couvert ce matin. La banalité du mal. J’en ai vu une image hier en regardant les entrevues de Mike Mulvany (ex-directeur de cabinet du président.)a données sur les chaines nationales américaines (Fox et NBC). Un homme intelligent, posé, avec une grande expérience de la politique et du fonctionnement de l’État, justifier « rationellement » son engagement avec Trump. Il y aurait selon lui le Trump avant les élections, et le Trump après les élections. « Je ne pouvais pas voir ce qui allait arriver ; Trump était tellement différent à l’époque, bien différent de l’image qu’il pouvait donner à l’écran. » Certes, il essaie de préserver son image d’homme qui gouverne sa vie avec une intégrité morale, mais il ne peut effacer le fait que la conduite de Trump était hautement problématique depuis le début, avant même de se présenter à la présidence. Tous le savaient. Même les enfants le savaient. Mais quelque chose empêchait Mike Mulvany de le voir. Et ce quelque chose est là, encore aujourd’hui. Il célèbre les succès des politiques de Trump, lorsque lui, Mulvany, était là. Il ne semble pas se rendre compte que même si on reconnaissait le « succès » de ces politiques, ça ne pourrait jamais servir d’excuse pour tous les mensonges qui l’ont accompagné. Ces mensonges ont empoisonné l’âme américaine de millions de citoyens. L’autre argument qu’il utilise, c’est que les démocrates n’aiment pas Trump. Ils le détestent. C’est ce qui les aurait motivés durant les quatre années de sa présidence. Trump est une victime. C’est encore une fausse justification. Trump représente un réel danger pour les institutions démocratiques, l’ensemble de la société américaine et le monde. Il ne s’agit pas d’aimer, ou de détester le personnage, mais d’honorer et protéger les valeurs qui sous-tendent la vie démocratique, la vérité, la liberté et la justice, indissociablement. Ces valeurs fondatrices des sociétés démocratiques ne peuvent être confondues avec les idéologies conservatrice, libérale et progressiste qui sont constamment en batailles dans l’arène politique. Ces tensions et batailles politiques sont possibles et saines uniquement dans une adhésion commune aux valeurs qui fondent les sociétés démocratiques depuis l’aube des temps modernes : la vérité, la liberté et la justice, indissociablement. Le monde démocratique est un monde continuellement en tension et en bataille, c’est-à-dire en discussion. Rompre avec la vérité, c’est rompre avec la liberté, et sans liberté, il n’y a plus de discussion possible. Hors de la discussion balisée par la vérité, nous sortons de la démocratie et entrons dans un monde gouverné par un pouvoir autoritaire et violent. Il n’y a pas d’alternative pacifique à la démocratie, aussi difficile et décevante soit-elle.

La vérité et la conscience citoyenne

La discussion qui fait rage chez nos voisins américains sur la liberté d’expression ressemble beaucoup à la discussion sur l’accueil inconditionnel dans le milieu de l’itinérance. C’est une discussion légitime, importante, et qui doit se poursuivre. Elle ne peut être chassée de l’espace publique. Mais elle ne peut être dissociée de la discussion sur la vérité. Parce que la liberté est conditionnée ontologiquement par la vérité. Sans vérité, la liberté n’existe pas ; elle est un leurre. Et lorsque la vérité n’existe pas, la justice ne peut exister non plus. Ces trois principes guides de la conscience humaine sont interdépendants. Si la vérité n’est plus reconnus, la liberté s’effondre, et avec elle la justice. Si la liberté est brimée, la vérité ne peut plus s’exprimer et être reconnue. Alors, la justice s’effondre. Lorsque la justice n’est plus exercée, la liberté et la vérité sont menacées. Ces principes guides de la conscience humaine sont au fondement des sociétés démocratiques. À travers la discussion et les débats publics, les consciences apprennent le difficile discernement du chemin de l’évolution humaine. Lorsque la discussion et les débats sont remplacés par la contrainte et la violence , comme c’est le cas actuellement chez nos voisins américains, c’est que les consciences sont infectées par le mensonge qui couvre et justifie la violence. La recherche sincère de ce qui est vrai et sa reconnaissance, est le chemin vers la liberté vrai qui peut seule conduire vers un monde plus juste. La vérité est le socle de la vie consciente. Sur ce socle repose et la liberté, et la justice, et la vie démocratique. Apprendre l’importance vitale et le discernement de ce qui est vrai, à travers la forêt d’informations dans laquelle notre esprit cherche son chemin, m’apparait aujourd’hui un des devoirs les plus urgents de la formation de la conscience citoyenne dans les sociétés démocratiques contemporaines. Ce n’est pas un chemin facile, mais les autres nous conduisent tous hors du monde démocratique. Ce qui est vrai est le chemin le plus sûr, même lorsque la vérité est très difficile à vivre et à accepter. Ce qui est vrai éclaire le jugement. L’inverse est loin d’être toujours vrai ; le jugement est souvent trompeur. Il doit être guidé par ce qui est vrai. D’où l’importance de rechercher la vérité avec la plus grande sincérité et honnêteté possible. Dans cette recherche s’ouvre l’espace du dialogue à l’intérieur duquel la liberté s’exprime et la justice peut s’exercer.

Le Christ sans abri le jour de l’an

C’est un nouveau jour. Le ciel est partiellement couvert. Il tombe des gros flocons de neige soufflées par le vent. J’aime me retrouver ici ce matin à écrire sans me soucier de ce que je vais écrire. En fait, je n’en sais rien. C’est cela ma joie. Une petite joie tranquille, comme une petite flamme qui réchauffe par temps froid et éclair dans la nuit noire. La vie est souvent ainsi : froide et noir. Claudel écrivait que Dieu n’est pas venu abolir la souffrance, mais la pénétrer de sa présence. Je ne sais pas si la formulation est bonne ; je la cite de mémoire. Ce qui est certain, c’est qu’elle évoque quelque chose qui m’est très cher dans le christianisme. Quelque chose que je ne trouve pas dans les spiritualités orientales. Cela ne veut pas dire que le christianisme soit meilleur, plus vrai, etc, que les spiritualités orientales. Non ! Ce n’est pas ça du tout. J’ai abandonné l’enveloppe tribale dans laquelle le christianisme m’a été transmis. Comment dire cela ? Ce n’est pas facile. J’ai peine à le penser. J’en ai une connaissance plus intuitive que réfléchie. Quelque chose s’est passée, une transformation profonde que je n’arrive pas à bien saisir. La flamme allumée par le Christ n’est pas morte en moi. Elle est comme une braise. Je souffle un peu dessus pour la maintenir encore vivante. Ce qui a disparu, c’est le manteau culturel qui l’enveloppait. Elle est nue. Beaucoup plus fragile et vulnérable. Pourtant, sa lumière n’a jamais été aussi vive et brulante. Je ne sais comment expliquer cela. Alors, j’en témoigne. C’est ainsi qu’elle vit en moi en cette première journée de l’année 2021.